Les raisons de changer le monde – Episode 1

J’ai une annonce à faire. Après des mois d’absence — qui me semblent comme des années au vu du plaisir que je prends à écrire — je compte à nouveau prendre le temps de faire vivre ce blog qu’à vrai dire peu de gens lisent (mais vous êtes les seuls qui comptent vraiment).

Ah oui, j’avais dit que j’avais une annonce. Voila, sans préambule : Je suis devenu progressiste. C’est-à-dire que j’ai été poussé à réfléchir à ce qui ne va pas dans notre société et que je porte désormais en moi la puissante volonté de changer profondément le système actuel, jusque dans ses bases. Surtout dans ses bases. Plus simplement, c’est ce que les défenseurs du système en l’état appellent extrémisme. C’est amusant, car mes opinions n’ont rien d’extrême. Elles ont été appelées par ma seule raison. En quoi la logique peut-elle être extrême ? Elle l’est simplement parce qu’elle demande de s’éloigner considérablement de la norme actuelle. Mais lorsque la norme est extrême, une position neutre semble extrême.

Au cours des derniers mois, on m’a dit beaucoup de choses. Que j’étais extrémiste, donc. Que j’avais été manipulé par des arguments tronqués. D’autres choses encore… Ce billet n’aura donc PAS pour but de répondre à ces commentaires. D’une, parce que c’est chiant. Vous avez autre chose à faire qu’écouter les pleurnicheries d’un ego remué. De deux, parce que ça n’apporterait rien. Simplement, je vais présenter par le menu les choses qui m’ont interpellé.
(EDIT : En fait, j’ai déjà tellement de choses à dire sur le premier point que je vais décomposer ça en plusieurs articles)

1 – Les 99%
Vous n’êtes pas sans savoir qu’aux Etats-Unis, presque 37% des richesses étaient détenues par 1% de la population en 2007. Après le crise des subprimes en 2008, 24% de la richesse du pays sont détenus par 1% de la population. Malgré cela, les pauvres ne gagnent pas plus d’argent, c’est juste que les riches en ont moins et ils ont l’intention de faire payer les pauvres pour leurs erreurs, comme le montrent toutes les mesures drastiques de redressement discutées récemment. Un calcul facile me fait donc comprendre qu’en moyenne, une personne appartenant au centile le plus riche touche purement et simplement ( 24 fois 99 ) fois plus qu’une personne quelconque appartenant aux autre 99%. 24 fois 99, ça fait presque 2.400 (ça fait exactement 2376). La tendance à beau être moins accentuée dans les autres pays du monde (et encore…) c’est partout le même problème.
Cela implique plusieurs choses. Déjà, est-ce que ces gens travaillent réellement 2400 fois plus que les autres, en moyenne ? Il n’y a que 24 heures dans une journée et 365,25 jours par an. Même si vous ne bossez pas très dur, que vous êtes à mi-temps et que vous avez plein de congés payés, ce qui ramène votre temps de travail a environ 5 mois, multiplié par 2,4, ça donne quelqu’un qui bosse a temps plein toute l’année sans prendre de congés. Multipliez ça par 5 et vous obtenez quelqu’un qui exploite chaque minute pour avancer dans son travail. Multipliez ça par 2 et vous avez une personne qui ne fait que bosser tout le temps et a à peine le temps de dormir. En gros, en étant généreux, on trouve qu’un obsédé du travail bosse environ 24 fois plus qu’une feignasse de fonctionnaire ayant fait une grossesse. Le reste du facteur de différence dans le salaire devrait se retrouver dans l’efficacité d’une personne à faire son travail. C’est-à-dire la rapidité avec laquelle elle fait avancer son travail.
Quand une personne dit que notre système capitaliste est juste et bon (comme le bon Dieu), elle est donc en train d’avancer qu’elle a la certitude que les plus riches travaillent au moins 100 fois plus efficacement qu’un travailleur moyen. Bouarf.
L’évidence est que notre système n’est pas base sur le mérite, ni sur le travail. Il est basé sur la rentabilité et la productivité. Deux critères qu’il est concrètement absurde de poursuivre. Le premier parce que la rentabilité ne prouve en rien la valeur d’une tâche. Les traders sont-ils nécessaires à la bonne santé de l’économie ? D’un point de vue tout à fait violent, je dirais que les traders sont au mieux inutiles. Des gens qui grappillent l’argent qui dépasse entre les transactions. Mais c’est au mieux, parce que l’argent qu’ils prennent est de l’argent perdu pour l’économie et donc pour l’industrie et les services. Ce qui fait le plus mal, c’est que c’est de l’argent perdu pour rien. Donc non, la rentabilité d’un travail n’est pas lié à sa qualité ou son utilité. On peut trouver d’autres exemples faciles dans tout ce qui concerne les produits de luxe et la grande distribution.

Pour sa part, la productivité est un mauvais critère parce que d’une, pour produire plus, il suffit de faire en sorte que les gens travaillent plus pour le même salaire ou de pouvoir les payer moins. En aucun cas une grande productivité n’encourage l’amélioration des conditions de vie des gens. Seulement les conditions de vie de ceux à qui profitent la productivité, c’est-à-dire ceux qui peuvent se servir des profits d’une entreprise pour eux-mêmes. De plus, les ressources naturelles ne sont pas illimitées et produire toujours plus tend à un épuisement de celles-ci. Après, on peut toujours dire que les entreprises embauchent et que c’est pour ça qu’il faut les aider à grandir. Et même si on accepte un tel argument, cela ne justifie pas l’écart dans la répartition des richesses.

Encore des maths, toujours des maths.  C’est vraiment simple, un PDG qui touche 200 millions nets par an. Qu’est-ce qui l’empêche de ne toucher que 100 millions par an et de de permettre à son entreprise d’employer 2000 personnes de plus, ou peut-être seulement 1000 personnes de plus et la construction de nouveaux locaux, etc… Mais ce n’est pas le cas. D’ou ma conclusion que les grandes entreprises ne favorisent pas amélioration des conditions de vie. Elles la ralentissent en concentrant les richesses en un nombre restreint de personnes. Mais ce n’est qu’un exemple d’un cas particulier, même si cela englobe toute les grandes entreprises et donc la plus grande partie de l’argent en circulation.

Dans le monde, 1% de la population possède 40% des richesses et 20% possèdent 85% des richesses. Le même calcul porté sur l’ensemble de la population nous indique simplement que si les 20% les plus riches gagnaient un tiers en moins, c’est-à-dire 56.6% des richesses, 99% de la population gagnerait 3 fois plus (43% au lieu de 15). Sic.
Pourtant, avec un tiers en moins, ils ne devraient pas être trop pauvres, si ? Je ne dis pas que ce serait une bonne chose de mettre le SMIC à 3.000 euros par mois en France et ce genre de choses. Seulement, ces chiffres montrent bien qu’en “appauvrissant” une petite minorité de gens, on peut énormément améliorer la vie de 4 personnes sur 5 ! Ne serait-ce pas ce qu’il faudrait faire plutôt que d’enrichir cette petite minorité en se basant sur l’espoir utopique que leur richesse permettra à la totalité de la population de vivre mieux ? Les richesses sont là, concentrées en une minuscule portion de l’humanité, pourquoi faudrait-il attendre que cela crée une amélioration des conditions de vie pour tous sur 100 ans (et prier pour qu’on trouve assez d’argent pour rembourser notre dette nationale et augmenter l’age de la retraite en attendant, etc…) quand les ressources sont bien plus que suffisantes pour le faire maintenant ? Et de façon beaucoup plus significative.

Des centaines de millions de gens, sinon des milliards luttent chaque jour pour manger et pour accéder à de l’eau potable. Ces problèmes pourraient tous être résolus en un clin d’oeil en ponctionnant une quantité d’argent conséquente mais négligeable pour ces gens-là. Il est évident que quand les gouvernements et les experts nous expliquent que notre système est le plus juste et le plus efficace pour améliorer les conditions de vie de tous, c’est un mensonge éhonté. Quand ils disent que le bien-être de tous passe par le malheur de certains, c’est d’une ironie morbide. Sinon, pourquoi laisseraient-ils une minorité s’enrichir, plutôt que de permettre a des milliards de personnes de vivre mieux. Et “vivre mieux” est un euphémisme ! Je devrais dire “accéder aux ressources essentielles qui sont un minimum vital”. Autrement dit, pourquoi laisser 850 millions de personnes crever de faim et 900 millions sans accès à de l’eau potable (et je suppute que ce sont souvent les mêmes), pourquoi laisser un milliard de personnes dans le monde crever comme des chiens alors que toutes les ressources sont là, tout l’argent est là, toute les connaissances aussi…
Une seule raison s’impose. Je ne vais pas la dire, sinon je vais avoir l’air d’un extrémiste. De toute façon, vous avez compris.

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A propos Pseudo Moi-Même

Jeune homme bien sous tous les rapports, Mesdemoiselles n'hésitez pas...
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2 commentaires pour Les raisons de changer le monde – Episode 1

  1. si c’était vraiment 99% de la richesse qui était détenue par 1% des gens, il y a longtemps que la révolution aurait eu lieu. Dans es pays du G7 selon les chiffres 2010 c’est environ 75% détenu par a peu près 10% ce qui n’est pas la même chose. Et puis les mecs dans les manifestations d’occupy wall street ils appellent au partage, mais j’en ai pas vu un prêt à partager son ipad avec moi 😀

    • Effectivement, c’est une erreur de ma part concernant les chiffres. Base sur les revendications des 99% d’Occupy Wall Street, c’est ce que j’avais cru comprendre et je m’en vais rectifier les chiffres conformement a mes recherches personnelles !
      Ensuite, comme tu dis, les gens d’OWS ne sont pas forcement ceux qui vont preter leur possessions a n’importe qui (comme montre dans le Daily Show 😉 ), mais je ne pense pas que ce soit significatif. Plus on a d’argent, plus il est facile d’en partager une somme fixee. Un iPad etant un produit de luxe, il represente beaucoup plus pour une personne de la classe moyenne que pour une personne tres riche.
      Quand bien meme, le constat de l’inegalite de la repartition du revenu est affligeant. 75% du revenu detenu par 10% ? Cela permettrait de doubler la richesse de 90% de la population en reduisant d’un tiers le revenu de 10% d’entre nous. Ca me semble plus compatible avec l’idee que j’ai de la democratie.

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