Vers un baka-lauréat*

*baka (mot japonais) : idiot.

Ouais, j’explique mes blagues, parfois je me dis qu’il vaut mieux. Cette fois, je vais vous compiler un petit article sur le bac. Je mets un petite vidéo pour alléger l’ambiance, avant d’entrer dans le vif du sujet.

Premièrement, pourquoi le bac ne vaut-il rien ? Même avant qu’on décide de le brader cette année, le bac avait déjà perdu toute valeur. Enfin presque. Si les tentatives de l’Éducation Nationale de l’offrir en cadeau à toute personne ayant fait l’effort d’attendre trois ans assis sur une chaise n’ont pas abouti, il doit bien y avoir une raison. Et de deux choses l’une, soit les élèves sont tellement mauvais que même quand on les tient par la main ils n’arrivent toujours pas à mériter le moindre point, ou alors certaines personnes se battent encore pour que le bac soit encore à même de sanctionner un certain niveau d’exigences. Quoiqu’il en soit, est-ce vraiment bien raisonnable ? Le système français est tel que même le bac en poche, tout reste à prouver. Oui oui ! Un bac STI et hop, on va en fac de médecine…

Je ne suis pas partisan du contrôle continu, simplement par souci d’égalité, car à moins de mettre en place un « contrôle continu » qui seraient des épreuves nationales reparties sur toute l’année avec barème strict, anonymat, etc — et on imagine le coût du service — on va se retrouver avec des profs plus exigeants que d’autres et donc des notes variant d’une classe à l’autre. Et ne croyez pas que les différences de notes ne soient valables que pour la philo ! En Terminale S, j’ai pu moi-même constater qu’entre deux classes, pour un même niveau de connaissances, la différence en terme de points avoisinait les 7. Et vous serez gentils avec moi et accepterez quand je dis que 7, c’est un tiers des points. D’ailleurs, nombre d’élèves dans ma classe gravitaient autour des 3 en math toute l’année et pourtant ont eu 20 au bac. Vingt.

J’ai aussi envie de réagir à certains commentaires que j’ai lu concernant les articles de certains journaux : Le contrôle continu n’empêchera pas la triche. Si un élève est capable de tricher lors des épreuves du bac (surveillées par au moins 2 personnes), il sera tout à fait capable de tricher durant l’année. Je voudrais aussi dire que la triche n’a pas été inventée cette année et que les gens qui pensent qui racontent qu’il y a trente ans, les gens étaient honnêtes et ne trichaient pas sont probablement des personnes qui n’ont pas fait d’études. Donc concours d’entrée aux universités, aux IUT, aux BTS, etc… pourquoi pas ! Cela ferait gagner du temps à tout le monde et éviterait l’échec si courant à la première année de fac. Mais un contrôle continu serait la plus mauvaise idée jamais mise en place. On se retrouverait avec des différences de niveau selon les établissements et par cela, des inégalités encore plus grandes. La situation évoluerait comme ceci :

On laisse la possibilité aux lycées de noter et attribuer un diplôme à leurs élèves indépendamment d’un barème national. Les premières années, les universités acceptent n’importe quel élève venant de n’importe quel établissement, comme elle l’a fait jusque là. Mais au fur et à mesure, on se rend compte que les élèves provenant de certains établissements ont un meilleur niveau que ceux d’autres provenances. Dans l’enseignement superieur, on commence à se dire que par facilité, il suffit d’accepter d’office les élèves venant de ces lycées. Pourquoi pas, en effet, vu que le lycée a déjà évalué le candidat pour vous. Plus ou moins au même moment, les lycées vont commencer à pouvoir évaluer le niveau de leur « production » par rapport à celle des autres (si ce n’est déjà fait, vu qu’ils doivent avoir connaissance de ce genre de chiffres depuis longtemps). Les lycées privés vont donc jouer de ça pour attirer plus de clientèle. L’argument : « Nous sommes un bon lycée à la fin duquel vos chances d’être accepté dans l’établissement de votre choix sont très grandes » fera des ravages quand il aurait fallu comprendre : « Si jamais vous réussissez à obtenir notre diplôme, vous aurez de bonnes perspectives d’avenir ». Les lycées de secondes zone avec les profs planqués ou fraîchement moulus auront évidemment plus de difficultés à conserver un semblant de compétitivité concernant les études supérieures (non, parce concernant le travail non-qualifié, j’imagine qu’il se défendront bien).

Un niveau plus bas et quelques années plus tard, les gens commenceront à savoir que tel ou tel établissement note plus difficilement mais permet d’accéder à de meilleurs postes en définitive. D’où un choix préalable d’estime personnelle. Se sent-t-on capable de réussir dans ce lycée précis ? Les professeurs de collège nous pensent-ils capables de réussir dans ce lycée, etc… Autant dire qu’on vient de créer une incertitude de plus dans un parcours déjà semé d’embûches. On vient aussi en quelques années (je dirais 20, allez), de permettre l’émergence de lycées d’élite, d’augmenter la sélection des plus jeune, d’orienter les gens vers des établissements privés qui peuvent se permettre de choisir qui ils embauchent et tout ça aura pour unique effet d’avancer l’échec scolaire d’une année. De plus, on décale le choix de faire des études longues (ou du moins dans l’établissement qu’on veut) au collège. Qui, au collège, est capable de dire que tel ou tel enfant sera capable de réussir 1 – au lycée, 2 – à l’université/prépa/IUT/autres ? Avec des disciples différentes, un entourage différent, un programme autrement intéressant (dans le bon sens ou pas). Bienvenu à l’élitisme et aux inégalités sociales. Donc à mon avis, le contrôle continu, il vaudrait mieux qu’on ne le sorte pas de la boite de Pandore tout de suite. Il y a déjà la peste et les sauterelles en pending, là.

Donc en fait, le bac a encore cette valeur qu’il permet de savoir qui a atteint un certain niveau au niveau national. Bon, c’est un peu symbolique et le système peut être amélioré.

Deuxièmement (et mille mots plus loin), c’est quoi cette gestion de scrogneugneux ! Tiens, Luc Chatel il va falloir lui filer CE problème de maths :

Une épreuve de mathématiques est devenue invalide pour cause de tricherie. Heureusement, seul un exercice était concerné et il est donc encore possible de rattraper les dégâts sans avoir à faire repasser l’épreuve à tous les élèves, ce qui aurait engendré des coûts monstrueux. Plusieurs solutions alternatives sont émises par le conseiller du ministre de l’Éducation Nationale :

  1. Ne compter que les autres exercices de l’épreuve.
  2. Ne compter que les autres exercices de l’épreuve, puis descendre les exigences d’un point quant à la moyenne générale.
  3. Ne compter que l’exercice concerné par la tricherie, soustraire le nombre de points gagnés à un total de 20, puis faire subir le même processus à la moyenne de chaque élève. Décerner ensuite normalement les diplômes. (ceci est bien sur une question piège, mais il y a parfois aussi des ratés au ministère)
  4. Compter tout normalement et ne rien faire, en avouant que le bac ne vaut pas suffisamment pour qu’on fasse tout un plat à cause d’une centaine d’énergumènes qui l’auront eu en trichant (réponse provocatrice et mauvaise pour l’opinion publique).

En sachant que l’exercice en question était note sur 4 points, que l’ensemble de l’épreuve était notée sur 20, que l’épreuve représente environ 22% de la moyenne d’un élève de Terminale S et qu’on estime à un millier (soit 1/160) le nombre de bacheliers ayant eu accès à l’exercice, calculer la modification de la moyenne générale d’un élève et présenter clairement et de façon argumentée quelle méthode modifie le moins les moyennes.
On supposera également que tout élève ayant eu accès à l’exercice en avance l’aura parfaitement réussi.

Vous aussi, vous pouvez résoudre ce problème. Marquez votre réponse argumentée (et mathématique de préférence) en commentaire et j’exaucerai un vœu. Si vous voulez vous renseigner un peu sur les différentes solutions qui auraient été possibles, vous pouvez cliquer ici. Enfin, tout ça pour dire que notre ministre Luc Chatel (à ne pas confondre avec Philippe Chatel, que j’aurais préféré voir à ce poste) a en deux petit coup de baguette magique invalidé la notion même de notation pour cette session du baccalauréat. Enfin, je parle peut-être un peu vite. Les correcteurs et jurys restent souverains quant au choix d’appliquer ces recommandations ou non. Mais du coup, d’un jury à l’autre…

Je conclurais bien cette article en disant que de toute façon, qui irait croire ce qu’un clampin poste sur jeuxvideo.com. De plus, je suis sur qu’il n’y a rien à faire sur les forums de ce site, alors le nombre de personnes étant allés doivent pas courir les rues. De plus, ils n’ont sûrement pas de pote à qui faire partager leur découverte, alors bon…

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7 commentaires pour Vers un baka-lauréat*

  1. Jérôme Voiron dit :

    Je partage ton opinion, tant pour la non valeur du bac que ta position face au contrôle continu.
    Le fait que des lycéens aient pu accéder à un sujet avant l’épreuve dénonce un manque d’organisation.
    Pourquoi, pour chaque matière de chaque baccalauréat, il n’y aurait pas un grand pool d’exercices enregistrés à l’avance dans un ordinateur central « au siège » de l’Education Nationale.
    La veille au soir de l’examen, l’ordinateur central tire « au hasard » les exercices du sujet de l’examen. L’administration dans les lycées récupèrent ces informations via le réseau internet et font tourner les imprimantes (la nuit, si nécessaire) pour imprimer les sujets.
    C’est facile comme solution technique à implanter ; ça coûte peu (j’peux même vous le faire m’sieur pour un prix décent ;-)), ça empêche une certaine triche ; c’est organisé et efficace.

    Sinon, en ce qui concerne de trouver une alternative à l’épreuve unique du baccalauréat, j’aurais pensé à une solution à mi-chemin entre l’épreuve unique et le contrôle continu : que le diplôme soit découpé en plusieurs examens nationaux tout au long de l’année.
    Par exemple, on décide arbitrairement de faire 3 épreuves par matière pour constituer le diplôme du bac.
    Ainsi, chaque trimestre, le lycéen passera une épreuve nationale sur le contenu appris depuis le début de l’année.
    Pour finir et rendre la notation le plus équitablement possible, il conviendrait de pondérer les 3 épreuves car il est évident qu’il est plus facile d’obtenir une bonne note sur l’épreuve du premier trimestre (car que 33% du programme scolaire d’appris à ce stade), que sur la dernière.

    Ainsi, soit le nombre d’épreuves noté n, N(x) la note reçue à l’épreuve x, il en résulte

    Note finale du bac = N(f) = Pour x allant de 1 à n, N(x) * (x/n)

    😉

  2. Jérôme Voiron dit :

    Petite rectification pour N(f). Il faut aussi le diviser par la somme des pondérations, c’est à dire, la somme des x/n pour x variant 1 à n.

  3. Jérôme Voiron dit :

    Du coup, c’est même plus simple de dire :
    N(f) = Somme des N(x) pour x allant de 1 à n, diviser par la somme des x/n pour x variant de 1 à n

    Oui, voilà maintenant c’est juste 😉

    • effectivement, ça semble être la méthode la plus appropriée. Je me demande seulement si les coûts seraient acceptables.

      • Jérôme Voiron dit :

        Faudrait déjà savoir combien ça nous coûte le système actuel en rapport avec la qualité de l’enseignement et la valeur du diplôme obtenu.
        De plus, un petit logiciel pas bien compliqué à créer c’est pas bien cher payé pour profiter à toute l’Education Nationale !
        Et puis, la création des pools de questions devant être changés, ou au moins modifiés, d’une année sur l’autre. Quelques heures de travail payés en + aux professeur (ou autre) pour ce travail.
        Je trouve ça pas bien cher payé 😉

      • Mais voyons ! L’informatique est un outil trop peu fiable ! Pas comme le remplissage de dizaines de milliers d’enveloppes a la main…

  4. Kerido dit :

    Je goûte fort le jeu de mot liminaire.

Les commentaires sont fermés.