Philo-man (le héros misanthrope)

Les sujets de philo sont enfin tombés (comme la misère sur le bas-monde). Je n’ai pas la prétention d’en corriger le moindre (quoique) mais par contre, il semble intéressant de s’y intéresser. Et non, ceci n’est ni un pléonasme ni même, à mon avis, une redondance. Donc ce qu’on va faire, c’est regarder les sujet et puis ça prendra bien assez de place comme ça pour faire une article. Sauf que je ne peux pas décemment écrire un article sans rien y apporter de personnel. On verra.

En premier lieu, on va énumérer les sujets (je ne fais que la filière générale) :

Section S :

  1. La culture dénature-t-elle l’homme ?
  2. Peut-on avoir raison contre les faits ?
  3. Ce magnifique extrait des Pensées de Pascal :

« Chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu’on appréhende plus de blesser ceux dont l’affection est plus utile et l’aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien. Je ne m’en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu’ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu’ils servent ; et ainsi, ils n’ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.
Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n’en sont pas exemptes, parce qu’il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, quoiqu’il en parle alors sincèrement et sans passion.
L’homme n’est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l’égard des autres. Il ne veut donc pas qu’on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son cœur. »

Déjà, pourquoi est-ce que les sujets sont tout le temps exposés sous forme de question ? Ça va pas entraîner l’esprit critique de nos chères têtes blondes, ça. Si on devait attendre qu’on nous pose une question avant de se demander si on est d’accord ou pas, on serait pas sortis de l’auberge ! Alors ils se sont dit qu’ils allaient rajouter un sujet ou un mec déblatère et puis vu que ce sera écrit en vieux français avec des tournures de phrases cheloues, le but de l’exercice sera d’expliquer ce que le vieux chnoque avait bien voulu dire du haut de l’étagère poussiéreuse sur laquelle son livre reposait sereinement les quelques éons derniers, avant qu’un prof de philo sadique ne vienne le tirer de sa torpeur sédimentaire (ouais, j’accorde chelou et j’assume).

Mais je suis tout de même bien content, parce que j’adore Pascal (plus que de raison) et je trouve que les sujets soulèvent d’intéressants questionnements. Par contre, je n’ai jamais pu m’empêcher de connaître ma conclusion avant le reste de mes dissertations (au risque parfois de devoir effectuer un revirement soudain pour cause de changement d’avis). Voici donc ma modeste réponse aux sujets énoncés plus haut (toute autre point de vue sera le bienvenu en commentaire) :

  1. La  culture dénature-t-elle l’homme ? Oui et Non (réponse idéale) : En un sens, la culture dénature l’homme parce qu’elle lui fait adopter des comportement qui ne lui sont pas naturel et ce par le biais de la loi, de la religion, ou de tout autre truc qu’il faudra fourrer dans le domaine du surmoi. D’un autre côté , n’est pas naturel pour l’homme de se former une culture ? Nos prédisposition naturelles d’espèce sont celles de l’apprentissage par mimétisme et de la communication, ce qui rend la création d’une culture possible, mais même vraisemblablement inévitable.
  2. Peut-on avoir raison contre les faits ? Oui. Un fait peut être subjectif, puisque la mémoire l’est. Un fait n’est rien de plus que l’opinion de quelqu’un sur une manifestation matérielle. Si le cas est simple et sans ambiguïté, il risque d’être difficile d’avoir raison contre les faits, mais dans les cas plus complexes, seule l’interprétation du fait compte et celui-ci perd de sa valeur argumentative, car au final, seules les causes d’un fait sont importantes et si on ne peut pas remonter aux causes de celui-ci de par sa complexité, on ne peut pas non plus l’interpréter et aucun jugement ne peut se baser sur lui.

Je ne vais pas expliquer le passage des Pensées que vous avez certainement très bien compris.

Section L :

  1. Peut-on prouver une hypothèse scientifique ?
  2. L’homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ?
  3. Extrait du Gai Savoir de Nietzsche :

« Nous disons bonnes les vertus d’un homme, non pas à cause des résultats qu’elles peuvent avoir pour lui, mais à cause des résultats qu’elles peuvent avoir pour nous et pour la société : dans l’éloge de la vertu on n’a jamais été bien « désintéressé », on n’a jamais été bien « altruiste » ! On aurait remarqué, sans cela, que les vertus (comme l’application, l’obéissance, la chasteté, la piété, la justice) sont généralement nuisibles à celui qui les possède, parce que ce sont des instincts qui règnent en lui trop violemment, trop avidement, et ne veulent à aucun prix se laisser contrebalancer raisonnablement par les autres. Quand on possède une vertu, une vraie vertu, une vertu complète (non une petite tendance à l’avoir), on est victime de cette vertu ! Et c’est précisément pourquoi le voisin en fait la louange ! On loue l’homme zélé bien que son zèle gâte sa vue, qu’il use la spontanéité et la fraîcheur de son esprit : on vante, on plaint le jeune homme qui s’est « tué à la tâche » parce qu’on pense : « Pour l’ensemble social, perdre la meilleure unité n’est encore qu’un petit sacrifice ! Il est fâcheux que ce sacrifice soit nécessaire ! Mais il serait bien plus fâcheux que l’individu pensât différemment, qu’il attachât plus d’importance à se conserver et à se développer qu’à travailler au service de tous ! » On ne plaint donc pas ce jeune homme à cause de lui-même, mais parce que sa mort a fait perdre à la société un instrument soumis, sans égards pour lui-même, bref un « brave homme », comme on dit. »

Ce à quoi je répondrais volontiers :

  1. Peut-on prouver une hypothèse scientifique ? On peut prouver tout ce qu’on veut jusqu’à ce qu’on arrive à un axiome qui est, par définition non-prouvable. Donc au final, on ne peut rien prouver du tout (ça tombe bien, c’est au programme de philo de Terminale… Du moins, ça y était quand j’y étais).
  2. L’homme est-il condamné à se faire des illusions sur lui-même ? Nous sommes des êtres subjectifs et nous nous jugeons constamment. Certains en bien — en rejetant la faute sur les autres, certains en mal — en culpabilisant à outrance. L’objectivité totale est très difficile, sinon impossible. Donc l’homme est certainement condamné à se faire des illusions sur lui-même. Mais est-ce bien une condamnation et pas plutôt une chance ? Un jour, une de mes prof nous a dit ceci : « Il n’est rien de plus dur que de devoir renoncer à ses rêves. »  Je n’ai même pas envie d’imaginer subir une désillusion de la sorte. Donc oui, pour moi, se faire des illusions sur soi-même est une chance, quand bien même on croit vouloir connaître la vérité. Enfin, moi je dis ça, mais si vous avez une estime de vous bien pourrie comme il faut, la vérité peut vous faire du bien. Trop cool, je viens de modérer mon propos en accord avec les consignes du plan dialectique (quel talent!).

A ce point de mon article, je tiens à préciser que je n’y connais rien et que je ne réponds certainement à aucune exigence d’une rédaction de philo. Donc si tu es lycéen et que tu as passé 4 heures à raconter plein de trucs qui n’ont rien à voir, voire pire (!), le contraire de ce que je dis, ne t’en fais pas. Dans le cas contraire, tu peux t’estimer heureux : au moins une autre personne est d’accord avec toi, ce qui, d’après Sénèque, n’a aucune importance. Hé ! C’est drôle, Sénèque est l’auteur du texte à commenter pour les ES. Ce que je suis fort pour les transitions, moi.

Section ES :

  1. La liberté est-elle menacée par l’égalité ?
  2. L’art est-il moins nécessaire que la science ?
  3. Sénèque, Les Bienfaits (pour ta gueule) :

« Si c’est l’intérêt et un vil calcul qui me rendent généreux, si je ne suis jamais serviable que pour obtenir en échange un service, je ne ferai pas de bien à celui qui part pour des pays situés sous d’autres cieux, éloignés du mien, qui s’absente pour toujours ; je ne donnerai pas à celui dont la santé est compromise au point qu’il ne lui reste aucun espoir de guérison ; je ne donnerai pas, si moi-même je sens décliner mes forces, car je n’ai plus le temps de rentrer dans mes avances. Et pourtant (ceci pour te prouver que la bienfaisance est une pratique désirable en soi) l’étranger qui tout à l’heure s’en est venu atterrir dans notre port et qui doit tout de suite repartir reçoit notre assistance ; à l’inconnu qui a fait naufrage nous donnons, pour qu’il soit rapatrié, un navire tout équipé. Il part, connaissant à peine l’auteur de son salut ; comme il ne doit jamais plus revenir à portée de nos regards il transfère sa dette aux dieux mêmes et il leur demande dans sa prière de reconnaître à sa place notre bienfait ; en attendant nous trouvons du charme au sentiment d’avoir fait un peu de bien dont nous ne recueillerons pas le fruit. Et lorsque nous sommes arrivés au terme de la vie, que nous réglons nos dispositions testamentaires, n’est-il pas vrai que nous répartissons des bienfaits dont il ne nous reviendra aucun profit ? Combien d’heures l’on y passe ! Que de temps on discute, seul avec soi-même, pour savoir combien donner et à qui ! Qu’importe, en vérité, de savoir à qui l’on veut donner puisqu’il ne nous en reviendra rien en aucun cas ? Pourtant, jamais nous ne donnons plus méticuleusement ; jamais nos choix ne sont soumis à un contrôle plus rigoureux qu’à l’heure où, l’intérêt n’existant plus, seule l’idée du bien se dresse devant notre regard. »

  1. La liberté est-elle menacée par l’égalité ? Euh… C’est un peu ce que j’ai toujours dit. Les gens ne sont pas pareils, alors les forcer à être égaux, en plus d’être du foutage de gueule, passe par le fait de restreindre les libertés de chacun. De toute façon, choisir entre la liberté et l’égalité, c’est un peu comme entre la peste et le choléra…
  2. L’art est-il moins nécessaire que la science ?  S’il n’avait tenu qu’à moi, je vous aurais dit que l’art se définissait justement par son absence de nécessité. D’ailleurs, l’idée m’est peut-être venue en lisant ce mec complétement inconnu qui a dit :

« We can forgive a man for making a useful thing as long as he does not admire it. The only excuse for making a useless thing is that one admires it intensely. All art is quite useless. » Oscar Wilde

Mais on m’a justement exposé que l’art avait une utilité. Sociale, psychologique, culturel… Une utilité humaine pour le bien-être de celui qui l’apprécie (ou pour une torture caractérisée de celui qui ne l’apprécie pas). A mon avis, c’est une autre définition ou une autre forme de nécessité. Mais il est important d’exploiter tous les différents sens d’un mot, en philo. D’ailleurs, ça s’apparente souvent à jouer sur les mots, mais bon, il faut laisser les grands s’amuser aussi. En fait, je pense qu’on peut relativiser le propos en disant que de toute façon, rien n’est utile, et donc encore moins nécessaire.

Arrivé à ce point du texte, je me demande soudainement… si j’aurais eu une bonne note au bac de philo de cette année. Certainement pas. J’ai en général trop la flemme pour expliquer les choses en détail. Cet article ou je survole les sujets en est bien la preuve. De plus, il est extrêmement mal vu de contredire un auteur. Et avec Sénèque qui oscille constamment à la limite de la débilité, c’est pas toujours facile de se retenir. Il est bizarre Sénèque, il raconte plein de trucs très bien puis soudainement, il lâche une grosse bêtise. Pour ceux qui ont jamais regardé une courbe de condensateur sur un oscilloscope,  ça représente assez bien comment évolue mon estime de Sénèque au cours de ma lecture. Sur ces bonnes paroles qui montrent sans ambiguïté ma considérations pour les élèves de cette année, je vous laisse vaquer à vos occupations diverses et dis, selon la formule consacrée, merde à tous les bacheliers pour leurs prochaines épreuves.

Publicités

A propos Pseudo Moi-Même

Jeune homme bien sous tous les rapports, Mesdemoiselles n'hésitez pas...
Cet article, publié dans Art, Questionnements, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Philo-man (le héros misanthrope)

  1. Kerd dit :

    Je ne suis pas d’accord avec ta *définiton* d’un fait. Certes, en philo, on peut redéfinir les termes à outrance, et un « fait » pourrait très bien représenter une patate douce ou un diplodocus. Mais, dans un dictionnaire classique de français, voilà ce qu’est un fait :

    1. Ce que quelqu’un fait, a fait ou fera.
    2. Toute chose qui arrive, qui a lieu, qui a eu lieu.
    3. Donnée observable de l’expérience, souvent invoquée, en vertu de son objectivité, comme preuve indiscutable.

    Un fait est ainsi une action ou son résultat. Un fait est objectif par nature. Bien que dans la définition 3., on trouve les mots « observable » et « expérience », le fait n’a pas besoin d’un observateur pour exister. Et l' »expérience » désigne ici l’univers, il me semble. Si tu dis que les faits sont subjectifs simplement car pour « observer » un fait, il faut avant tout exister en tant qu’être humain, alors *tout* devient subjectif, et tu détruis par là même le concept « d’objectivité ». Mais l’objectivité existe. Si un arbre tombe dans la forêt, et que personne ne l’entend tomber, fait-il tout de même du bruit ? Je pense que oui.
    Dans ton article, tu confonds cette notion de fait et le *souvenir* d’un fait, qui lui est bien sûr subjectif. Mais si j’oublie que les triangles ont 3 cotés et que je me convainc qu’ils en ont 4, cela ne va pas changer le fait qu’ils en ont bien 3. En géométrie euclienne pour le moins.

    • Je trouve au contraire que dans toutes les définitions, on suppose qu’un fait est subjectif, car lié à l’appréciation du quidam. Le fait qu’un triangle a 3 côtés est une définition, pas un fait. En tout cas, et ce particulièrement dans tes deux premières définitions, ce sont en général les causes des faits ou leur intention qui est importante, et celle-ci est totalement dépendante de l’observateur

      • Kerido dit :

        Libre à toi de considérer que « ce sont en général les causes des faits ou leur intention qui est importante », mais un fait ne s’encombre pas d’une quelconque analyse. Un fait est une action, dans sa forme la plus élémentaire, libérée de toute interprétation. Une vérité toute nue. Exemple : « Je suis présentement en érection ».

      • C’est sûrement vrai, mais un postulat ne sera jamais qu’une interprétation subjective d’un fait. Avant de pouvoir raisonner sur des faits, il faut percevoir ces faits et cela leur retire immédiatement leur caractère objectif. Donc effectivement, on ne pourrait théoriquement pas avoir raison contre des faits, vu que ceux-ci sont absolus. Manque de bol, les faits sur lesquels nous sommes capables de raisonner sont forcement ce que nos sens/habitudes/préjugés/sentiments en ont fait. Je concède cependant (comme je l’ai fait dans mon article, il me semble) que certains faits laissent moins de place a l’interprétation que d’autres et ces faits seront de fait beaucoup plus difficile a combattre. D’un point de vue absolu, ils sont cependant eux aussi soumis a notre jugement humain subjectif.

  2. Anonyme dit :

    Sur « Peut-on prouver une hypothèse scientifique ? », j’avais bien aime la blague sur la puce. Pour ceux qui n’ont pas de culture generale blaguesque :

    C’est un scientifique qui etudie les puces. Il dit a une puce : « Saute ! ». La puce saute. Ensuite, il lui coupe les pattes et lui dit : « Saute ! ». La puce ne saute pas. Alors, il ecrit consciencieusement sur son bloc-notes : « Quand on coupe les pattes d’une puce, elle devient sourde. »

    C’est d’ailleurs interessant car ca rejoint le questionnement sur la nature et les relations entre fait et interpretation.

Les commentaires sont fermés.