Calcul du discriminant

C’est qu’il y en a qui sont inquiétants… Pourtant, c’était dans Le Monde. Je n’ose même pas imaginer si j’avais lu le Figaro.
Attention, manant ! On va suivre une logique tronquée histoire de lier des problèmes qui n’ont rien à voir. Moi je suis sympa, je vous préviens à l’avance.

  • L’accès aux Grandes Écoles est un processus inégalitaire, vu que les gens en prépa sont plus souvent riches que pauvres.
  • Les sciences et l’anglais sont des épreuves très déterminantes dans l’obtention d’une place.
  • Donc il faut réduire l’importance de ces épreuves pour réduire les inégalités.

Quand c’est moi qui le dis, ça a presque l’air logique en fait. Et aucun doute que ça marcherait. N’empêche que ce serait complétement con. En gros, l’auteur (qui ne donne pas son nom) se demande s’il ne faudrait pas baser les concours d’entrée aux Grandes Écoles sur d’autres critères, histoire de les rendre plus égalitaires. Pourquoi pas, ouais, c’est vrai… Et puis on peut aussi laisser entrer n’importe qui, quoi. Ce serait méga-égalitaire, quand même. La grosse classe !

Et eux de dire que l’épreuve de culture générale ne présentait pas de différence majeure entre boursiers et non-boursiers… Étonnant, au vu des 15 ans que tous les élèves ont passés en cours de français, d’histoire et j’en passe.

Le problème, c’est que justement, les concours sont la plus haute forme de l’égalité. Tout élève n’est sélectionné que sur ses seuls résultats. Aucune origine sociale, aucun nom, cursus ou autre n’est considéré.
Les origines sociales sont certainement une cause des résultats differents aux concours, mais ce n’est pas en s’attaquant aux conséquences et en instaurant une égalité fictive qu’on résoudra le problème. Le but d’un concours est de faire une sélection, pas d’être obtenu de façon agréablement répartie.

Pourquoi le bac ne vaut-il rien ? Parce que tout le monde l’a. Pour juger correctement, il faut bien se baser sur des critères discriminants (dans le sens « qui permet de séparer », pas dans le sens « qui est fan d’inégalité »). Le but n’est pas non plus  de se conformer à la population. Je me répète, mais un concours n’est pas fait pour que tout le monde l’ait. Et puis, une Grande École attends qu’un élève réponde à certains critères et si les pauvres y répondent moins souvent, ce n’est certainement pas la faute du critère.

Pourquoi est-ce que personne ne se soucie des inégalités dans les IUT d’informatique, dans les écoles d’infirmières ou encore dans les CAP menuiserie ou dans les facs de lettre ? Pourtant, ce sont autant de structures accueillant des nombre très déséquilibrés d’hommes et de femmes. Faudrait-il mettre des cours de mécanique en fac de langue pour que plus d’hommes y aillent ?

Bon, de toute facon, ca ne sert à rien de s’étendre sur le sujet. L’auteur nous livre la preuve qu’il/elle ne connaît rien au sujet dont il/elle traite quand il/elle dit ça :

« Difficile […] de ne pas considérer qu’il faut plus que l’école pour devenir bon en anglais et que seuls les plus favorisés peuvent s’offrir séjours linguistiques et autres. »

« Le recours massif et croissant des étudiants de milieux aisés aux cours particuliers, notamment en mathématiques. »

Non, mais là, tu jettes un gros torchon crade au milieu des serviettes ! Alors du coup, c’est pas juste parce que quand t’es riche et que tu peux te permettre d’améliorer tes connaissances, c’est injuste pour les autres. Donc il suffit de faire des épreuves pour lesquelles il n’existe aucun moyen d’apprendre quoique ce soit en dehors des cours… Ou alors il faut que ce savoir ne coûte rien. Ah, j’ai trouvé ! On va faire une épreuve sur les émissions télé.

Non, une vraie solution serait de dispenser des cours particuliers gratuits payés par l’État. Oups. J’ai écrit un groupe de mots interdit. Et non, ce n’est ni « vraie solution » ni « cours particuliers ». Surtout, ce qui montre que l’auteur n’y connaît rien est qu’il faut vraiment ne jamais avoir connu quelqu’un qui y était pour pouvoir penser que les élèves de prépa ont le temps de suivre des cours particuliers ou de partir en séjour linguistique !

Le mieux, je pense, c’est de prendre les enfants à leurs parents à la naissance et de tous les faire vivre en internat jusqu’à ce qu’il trouvent un boulot. Comme ça, plus de disparités ! Ou en tout cas, cela ferait disparaître les  parents diaboliques qui paient des voyages à leurs gosses et qui prennent sur eux de leur apprendre des trucs.

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A propos Pseudo Moi-Même

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2 commentaires pour Calcul du discriminant

  1. Diane dit :

    Beaucoup aime ton article, comme d’habitude !

    La logique du debut (de « l’acces aux Grandes Ecoles » a « reduire les inegalites ») est interessante. C’est un syllogisme faux, autrement dit un sophisme, figure reputee dans le domaine de l’absurde. Comme quoi, les journalistes du Monde s’y connaissent en classiques cheap, hein ! Ionesco se retournerait dans sa tombe, ses pieces de theatre sont en train d’arriver dans le monde reel 🙂

    Je pense que tu apprecieras cet exemple bien francais : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_du_fromage_%C3%A0_trous

Les commentaires sont fermés.