Pulitzer

Je vous ai délaissés, j’en suis contrit.

Et pour rejeter la faute au plus vite, j’accuserai — et à raison — la monde de l’information qui ne m’a fourni aucune matière à écrire pendant de longs jours qui se sont discrètement accumulés sous mes yeux sceptiques. Je prie mes lecteurs de prendre note de cette transition de toute beauté.

Pas qu’il ne se soit rien passé, bien sûr. Il y a eu les révoltes en Égypte, le charisme de Marine LePen, le Conseil Constitutionnel statuant sur le mariage entre personnes du même sexe et la victoire de l’équipe de France de handball. Par exemple. Mais bon, j’en avais marre des sujets tristes ou violent et j’aurais pas tenu dix lignes sur le sport.

Et c’est là que gît le problème (pour faire un anglicisme). Toute personne saine d’esprit évitera d’être confrontée trop souvent aux médias. Je fus sain d’esprit. Et puis un jour, j’ai commencé à m’informer, comme on dit. Il y a tellement de choses qui me révoltent dans ce que je lis, donc je ne peux que continuer de me renseigner sur la profondeur des gouffres d’imbécillité ou de désespoir qui s’ouvrent devant moi. Il faut dire qu’au bout d’un moment, je meurs d’envie de lire un article qui me redonne la joie de vivre volée par ses semblables.

En quelque sorte c’est logique. Si on nous dit que tout va bien, on est heureux. Si on nous dit que tout va mal, on a peur et on continue à s’informer pour savoir à quoi s’en tenir. Et puis, on dit bien que les gens heureux n’ont pas d’histoire.

Si je pense à ça, c’est que ce week-end, je suis allé visiter un musée dédié au monde de l’information. Et au-delà du mur de Berlin, des attentats du 11 septembre et de l’ouragan Katrina — événements dont la reconstitution faisait déjà s’agiter l’humain en moi — la vue la plus dure fut celle de la galerie regroupant une grande partie des prix Pulitzer.

Pour ce que j’en sais, ce prix récompense les efforts journalistiques. Bon, il semblerait qu’il englobe aussi la littérature et la musique, mais de toute façon, on s’en fout. Le problème est qu’une photo qui reçoit ce prix sera de préférence horrible, si possible montrant des gens qui souffrent et un événement tragique et faute de mieux, il faut qu’elle soit teintée d’une atmosphère de tristesse. Exécution, lynchage, bombardement au napalm, ségrégation, meurtre ; le photographe sera parvenu à capturer l’instant précis du drame, ou bien un symbole d’un problème crucial de la société. De préférence en prenant des risques. De préférence un sujet qui touche les États-Unis, aussi.

Autant le travail de ces reporters est remarquable, car ils vont là où le danger se trouve pour tenir le public informé, autant le Pulitzer crée une surenchère de l’horreur. On sait bien que pour vendre de l’information, il faut qu’elle soit sensass’ (Personne ne s’intéresse à René, fonctionnaire, qui essaie de trouver l’argent pour acheter une Playstation 3  à ses gamins, à part si cela sert d’exemple à un cas plus général de société et même, c’est pas comme ça qu’on fera de l’audience). Et ce besoin de l’info choc crée tout simplement une déviation des intérêts des journalistes vers des sujets plus tragiques, plus émouvants, la récompense ne faisant qu’amplifier le phénomène. Et quoi de plus émouvant que la souffrance humaine ? (Ne demandons pas à Brigitte Bardot…)

Au final, on sort de la galerie et on se dit que tout est foutu, qu’il n’y a rien à faire, que les humains sont une espèce désespérante et tout un tas d’autres choses pouvant si possible ne pas nous remonter le moral.

Alors voila, j’en ai marre. Je veux de la vraie information ! De l’information représentative du monde. Ma prof de math aurait dit « Je veux que les médias soient une bijection entre l’ensemble des choses qui se passent dans le monde et l’ensemble des articles qui sont écrits ». Je veux qu’on arrête de faire peur aux gens en parlant à 90% de mort, de délinquance et de crise économique.  Comment s’étonner que les gens votent à l’extrême droite ? On leur donne peur des délinquants, on crée un besoin de sécurité injustifié. La violence existe, mais ce n’est pas comme s’ils n’y avait rien d’autre qui se passait.

Et moi, j’aimerais bien avoir moins peur d’être gouverné par des cons. Donc s’il vous plaît, Mesdames et Messieurs des journaux, veuillez arrêter de m’effrayer et racontez-moi des histoires vraies mais joyeuses.

Et en conclusion, je dirais que le journalisme actuel déforme le monde en nous le faisant voir par la lentille du désastre. Ce n’est donc plus de l’information. Et à partir de maintenant, je ne m’informerai plus. Je m’informerai des dernières catastrophes.

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A propos Pseudo Moi-Même

Jeune homme bien sous tous les rapports, Mesdemoiselles n'hésitez pas...
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10 commentaires pour Pulitzer

  1. Eirebua dit :

    Je suis d’accord avec toi ! Parfois j’ai envie de dire à ma mère par exemple d’arrêter de regarder les infos parce qu’elle devient parano…
    Personnellement, je m’informe parfois mais pas tout le temps non plus. Et puis, je fais assez de choses où je vois des « bonnes nouvelles » 🙂
    Si tu veux, je pourrai te les dire si elles t’intéressent 😀

  2. PALoup dit :

    là, complètement d’accord avec toi !!
    Je suis en train d’écouter Epica et ça me rajoute un peu de mélo dramatique dans ce que tu as écris, c’est pas mal… ^^
    Je suis d’accord sur le fait que les gens commencent à avoir peur à force de voir des infos pareils.
    Je sais pas si tu as entendu parler de jeunes disparus à la sortie de boites de nuits ces derniers temps en France. Quoi qu’il en soit, le jeune qui avait disparu il y a plus d’un mois a été retrouvé mort hier. Je le connaissais, il avait fait l’IUT à Mulhouse avec moi. Ma mère l’apprend et elle me dit entre autre, ça me fait peur tout ça…
    Voilà un bonne exemple de ce qui a écrit plus haut, du fait qu’on fait peur aux gens avec l’information. Ce que je viens de citer ne fut pas le premier cas en France et cela risque fortement de ne pas être le dernier, malheureusement…..

  3. Darkane dit :

    Post interessant, et aussi article Wikipedia interessant, Kerido.

    Meme si Pulitzer est considere comme le pere du journalisme moderne, je ne suis pas sure qu’il y ait vraiment lieu d’etre fier de ce genre d’heritage. Quelles que soient les failles du journalisme actuel, il est toujours plus moral que celui que l’on pouvait trouver fin des annees 1800 – debut 1900, ou, comme le dit l’article, des guerres pouvaient en grande partie etre dues aux fausses informations publiees par les journaux, et ou des innocents etaient flingues par retribution dans des affaires criminelles, pour quelques articles a sensation. C’est une periode qui a ete romancee par Paul-Loup Sulitzer (La femme pressee, Kate).

    Bref, le prix en question aurait certainement gagne a porter un autre nom.

  4. raph85 dit :

    Mouais, comme j’avais dit l’autre fois, je trouve clairement dommage que dans le journalisme les émotions tristes prévalent sur les autres. Après j’imagine que si c’est comme ça, c’est pour que les gens aient conscience de la « réalité », ou plutôt de ce qui pourrait se passer dans la leur (images de guerre & co). Je me demande juste s’il n’y a vraiment que des mauvaises nouvelles, ou bien si c’est nous qui décidont de ne retenir que ça…
    Et fait marrant, je critique très souvent le cinéma en général pour proposer l’inverse: des histoires pleines de clichés où les gentils sont parfait et gagnent toujours contre les méchants qui sont nuls.
    Conclusion: si tu veux de l’optimisme, va au cinéma. Si tu veux du pessimisme, regarde les news. Dommage que l’un soit fictif et l’autre réel 🙂

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